Fric-Frac, le fric-frac




fric-frac [fʀikfʀak] n.m.: (argot) effraction, cambriolage, cassage de porte, vol avec effraction, fait de forcer (une porte, une serrure…) ; faire effraction ; par ext. voleur, cambrioleur.
Ouais, c’est pas un objet.
Le fric-frac, ça sonne comme le cliquetis d’un coffre qu’on ouvre ou d’un verrou qu’on fait sauter; ça sent les combines: dés pipés et affaires louches en marge de l’hippodrome. Quand on prononce le mot, on entend déjà presque le son des menottes qui s’entrechoquent.
”Fric-frac”, ça vient de la langue des affranchis. De Saint-Ouen à Clichy, de Pigalle à Barbès; c’est pas vraiment fait pour être compris par les caves.
L’homme de Loulou est au gnouf et elle a besoin d’oseille, “ça s’ferait pas” de le laisser croûter à l’ordinaire.
LE fric-frac qui donne son nom au film, c’est celui du coffre du bijoutier Mercandieux: avec Jo, l’associé de son mec, Loulou a rencontré par hasard Marcel, gentil pigeon employé de l’orfèvre. Le naïf roucouleur, amoureux transi de Loulou, ne comprend pas l’argot ni le javanais. Cheval de Troie idéal. Marcel, c’est l’homme sensé représenter la classe moyenne, le bon peuple gentil: bien comme il faut et qui veut pas déranger. Il est comme on lui a dit d’être, Marcel; il ne se pose pas trop de questions.
Enfin, il ne s’en posait pas trop avant de voir Loulou; sa voie était tracée: épouser la fille de Mercandieux, filer droit et passer du statut de pas-grand-chose à celui de bourgeois installé. À l’exact opposé de ceux qui vivent de tout, de rien et n’ont pas de profession officielle. Ça va le mettre dedans, Marcel, de fréquenter les infréquentables: bringuebaler les convictions qu’on lui a données, le pousser à visiter un panier à salade, l’impliquer dans un casse…et penser. Un peu.
{EXTRAIT}
Marcel: Je ne sais pas si vous êtes des voleurs mais ce que vous avez fait, je connais bien des honnêtes gens qui ne l’auraient pas fait.
Jo: Les honnêtes gens, c’est du bidon, ça n’existe pas! Et je vais vous le prouver…T’en connais toi des honnêtes gens?
Marcel: Il me semble oui…
Jo: Et bien cherche un peu pour voir…Et toi t’es honnête?
Marcel: Je crois oui.
Jo: T’es jamais monté en première dans le métro avec un ticket de seconde?
Marcel: Euh…quand il y a foule…
Jo: T’as la radio chez toi?
Marcel: Oui.
Jo: Tu l’as déclarée?
Marcel: Je m’en sers presque jamais.
Jo: Bon ben voilà, t’es un voleur. On est tous des voleurs. Y’ en a pas un qui essaie pas d’empiler le voisin ou le gouvernement si ça se trouve. Pas un!
.. Seulement, nous, les vrais, les réguliers, on le fait ouvertement, c’est notre profession par le fait.
Les autres, ils ont peur de s’mouiller tu comprends, alors ils prennent des métiers pour la frime…
Mais c’est encore nous les moins coquins vu que nous on fauche jamais rien à un mec qu’on connaît.
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Jo “les bras coupés”: Michel Simon
Marcel: Fernandel
Loulou: Arletty
Réalisation: Maurice Lehmann & Claude Autant-Lara
Photographie: Louis Née, Armand Thirard, Roger Arrignon, Roger Fellous
Sortie: 15 juin 1939 (France)